Le blog du Barabel

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03 déc. 2009

Chaque panne de plus est une panne de trop.

Une fois de plus, mon hébergeur n’a pas été à la hauteur de ce qu’on pourrait attendre : pendant 48 heures, le serveur hébergeant ce blog était hors-service.

J’ai pu avoir quelques détails sur les problèmes qui ont causé cette panne. Un ordinateur, comme tout, consomme et dégage de l’énergie pour fonctionner. Ainsi, il est branché sur l’alimentation électrique, et il dissipe de la chaleur comme résidu de l’énergie utilisée - mais non rentabilisée. Pour être un peu plus précis, un ordinateur est (essentiellement) un assemblage de circuits intégrés, qui fonctionnent de manière assez simple : on fournit de l’électricité (en général, un pole chargé à +6V, et un pole à -6V), et à chacun des circuits, la valeur (+ ou -) en sortie dépend des valeurs en entrée. Si ça fonctionnait de manière idéale, les circuits feraient office d’aiguillage, qui redirigent la tension électrique positive ou négative vers la sortie comme il se doit. Malheureusement, il se trouve que pour fonctionner, les circuits passent leur temps à charger et décharger des cellules. Lors d’une charge, la cellule passe de -6V à +6V, ce qui crée donc un courant positif; lors d’une décharge, les électrons vont de la masse (-6V) à la cellule, ce qui crée un courant négatif. Hors, c’est inévitable, qui dit courant dit effet Joule. Cet effet se passe lorsqu’un courant traverse une résistance : une puissance est dégagée, égale à la tension multipliée par l’intensitée, et donc égale à $R I^2$, où $R$ est l’impédance de la résistance et I l’intensité du courant. Cette puissance se dégage en rayonnement lumineux (dans le cas des ampoules électriques) ou thermique (le plus souvent). L’énergie étant une grandeur extensive (c’est à dire qu’elle s’additionne sans difficulté, que la somme de deux apports énergétiques est un apport énergétique de valeur égale à la somme des deux énergies fournies), lorsque la moitié des cellules d’un processeur passent de la valeur 0 à la valeur 1 (ou réciproquement), c’est autant d’énergie qui est dissipée. Et cette chaleur doit aller quelque part. Elle réchauffe donc tout d’abord le circuit intégré, puis progressivement l’air autour. Le problème est que, comme tout métal, lorsque la température est trop élevée, le circuit fond. Au revoir, processeur!

C’est pour cette raison qu’on installer des éléments de refroidissement dans les ordinateurs; je peux parier que si votre ordinateur fait du bruit en ce moment, c’est que vous l’entendez. Le plus souvent, les éléments de refroidissement sont des radiateurs (je reviendrai sur le terme plus tard) combinés à des ventilateurs. On trouve parfois uniquement du refroidissement passif (radiateurs suffisamment importants pour diffuser toute la chaleur), et chez les nerds voulant overclocker leur processeur[1], du watercooling. Ou simplement parce que c’est la classe, que ça marche vachement bien, et qu’on peut y mettre des produits phosphorescents pour briller dans le noir.

L’élément de refroidissement le plus courant reste la combinaison d’un radiateur avec un ventilateur. Le radiateur se charge de transférer la chaleur accumulée sur le processeur sur toute une surface métallique, au contact avec de l’air. La raison est simple : c’est dans l’air qu’on souhaite faire passer toute l’énergie dangereuse pour le processeur, que celui-ci n’a pas pu utiliser autrement qu’en effet Joule. Ainsi, les radiateurs se chargent de radier la chaleur par convection thermique. La quantité de chaleur échangée est donnée par la loi de Newton (une de plus!) $\Delta Q = h S (T_1 - T_2)$.

La quantité de chaleur échangée est donc proportionnelle à la surface d’échange et à la différence de température entre le radiateur et l’air, via une constante[2] de proportionnalité. On comprend intuitivement la première importance du ventilateur : pour que la chaleur puisse s’échapper du radiateur, il est nécessaire que la température de l’air soit basse. Le ventilateur ne diminuera pas la température de l’air à proximité du radiateur, mais fournira un afflux d’air ambiant à l’intérieur du boîtier, ce qui diminue la température. La seconde importance, et qui est de taille, est de modifier les conditions de pression de l’air au voisinage du radiateur. Et le coefficient h croit fortement avec la pression de l’air! Le ventilateur crée donc un courant d’air, qui fournit une pression apparente supérieure à la pression atmosphérique au niveau du radiateur, qui accroit ainsi h. Et comme la mécanique est bien faite, une bonne partie de la chaleur qui est passée dans l’air est évacuée ailleurs, ne modifiant donc que légèrement la différence de température.[3]

Pour ceux qui ont eu la flemme de lire tout ce baratin : pas de ventilateur, beaucoup moins de refroidissement.

Le ventilateur de mon hébergeur était encombré de poussières, cheveux, et autres horreurs qui trainent toujours dans une salle quand ce n’est pas une chambre blanche. Il a donc pris le parti de le démonter, le nettoyer - entrainant une coupure de service qui ne devait pas durer plus de cinq minutes à minuit, c’est à dire avec un impact négligeable - et le remettre en place.

Il se trouve que dans l’opération, une des encoches permettant de fixer le ventilateur à la carte mère s’est cassée. Le contact entre le ventilateur et le processeur est devenu ridiculement faible. De plus, ce boulet - qui lit à l’occasion ce blog - n’a pas rajouté de pâte thermique[4] à l’interface du radiateur et du processeur.

Fort heureusement, les cartes mères modernes mesurent en permanence la température du processeur, et coupent tout le courant si celle-ci devient dangereuse. Il est souvent possible de désactiver cette sécurité dans le BIOS, mais... comment dire... si on n’est pas surs de ce qu’on fait, c’est tout simplement bête. Le serveur a donc redémarré, mais à peine les services élémentaires en marche, s’éteignait tout aussi brûtalement.

La faute est aussi celle de l’éditeur - votre serviteur - qui n’a pas pensé à faire un plan de continuité d’activité en cas de défaillance de l’hébergeur du blog. J’y pense maintenant, promis. Il ne reste plus qu’à le réaliser.

Toutes mes excuses donc pour cette avalanche d’erreurs de débutants; je veillerai à l’avenir à ne plus les refaire (honteux et confus...).

Pour me faire pardonner, une photo des éléments fautifs, avantageusement remplacés par un ventirad Artic. Pas une bête de course, mais toujours mieux que le ventirad Intel de base... et le confort auditif de mon hébergeur m’importe peu. VentiRad démonté

Notes

[1] c’est à dire le faire tourner à une fréquence supérieure à ce qui est prévu à l’origine; on peut ainsi gagner quelques pourcents en capacité de calcul, mais les dégagements de chaleur n’en sont que plus élevés

[2] qui n’est pas universelle, ni même constante, d’où l’italique...

[3] C’est avec un grand plaisir que j’aurais fournis les équations permettant de calculer, en fonction du débit d’air, la pression ressentie, et donc le coefficient de proportionnalité h; on arrive malheureusement aux limites de ma science, n’ayant jamais vraiment maîtrisé la mécanique des fluides. Mais je laisse mes lecteurs doctes compléter cette faille. Une bonne référence peut me suffire, d’ailleurs...

[4] pâte thermique : une matière pâteuse fortement métallisée qui permet un bon contact entre processeur et radiateur. Pensez-y comme à un joint très conducteur

27 oct. 2009

Une nouvelle campagne de pub

J’interromps mes billets en cours de rédaction pour faire suite à une nouvelle campagne d’Apple qui m’a donné un haut-le-coeur.

Vous aviez peut être déjà vu la campagne "Hi, I’m a Mac! And I’m a PC..." faisant intervenir un jeune gars cool, qui discute un peu avec un type qui ressemble à un geek déguisé en costume[1]. Tout le monde y aura reconnu Bill Gates. Certaines publicités étaient assez drôles, et une très grande partie est de mauvaise foi.

Cette fois-ci, on sent quand même la frustration monter chez Mac, face à l’arrivée d’un nouveau système d’exploitation Microsoft, qui serait[2] quand même mieux faite, moins désagréable, et suffisamment rapide pour fonctionner sur les netbooks (ces petits ordinateurs portables qui tournent sur des processeurs bas de gamme, sans carte d’accélération 3D, avec un écran minuscule, et qui permettent grâce à tous ces compromis d’avoir des autonomies exceptionnelles). La nouvelle campagne de pub Mac est alors uniquement ciblée sur "bon, Microsoft vous propose de passer à Windows 7, mais devenez cool, et achetez un Mac à la place!".

Je ne serai pas l’avocat de Microsoft. Je n’ai actuellement plus qu’une licence Windows en cours de fonctionnement, le reste de mes ordinateurs étant passé sous GNU/Linux. Et je m’insurge contre cette campagne de publicité pour un certain nombre de raisons:

  1. Tout d’abord, l’amalgame Windows/PC est très, très, très rapidement fait. Le principe de "un PC ça ne marche pas très bien" était peut être valable du temps de Windows 95 à Me (windows 98 millenium edition), mais depuis XP, est complètement dépassé. De plus, si, à une certaine époque (vers 1995...) les systèmes linux étaient faits pour les passionnés prêts à consacrer suffisamment de temps pour paramétrer leur ordinateur, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui, entre les ordinateurs vendus directement avec une distribution linux, les distributions très, très, très faciles à installer et à utiliser...
  2. Ensuite, une campagne de pub qui n’a pas d’argument à fournir à part "on est chouette, et les consommateurs nous aiment bien" n’est pas bien poussée. On sent quand même que les arguments (notamment techniques) d’Apple s’essoufflent, et que face à des arguments concurrentiels comme les prix et la diversité, ils n’ont plus grand chose d’autre à offrir que l’image de marque.
  3. Signalons aussi les incohérences. On avait vu en 2008 certaines pub vanter la possibilité d’installer windows sur une plate-forme Mac ("vous voyez, vous n’avez rien à perdre, vous pouvez même installer votre ancien système d’exploitation chez nous, et continuer à jouer à vos jeux que nos ordinateurs ne supportent pas!"). Puis, crier sur tous les toits que les ordinateurs Mac n’étaient pas sensibles aux virus. Sur le site web, ils sont quand même plus prudents : Yes, a Mac is 100 percent safe from viruses designed to attack PCs, la nuance est de taille! Et personne ne dit qu’un Mac équipé de Bootcamp pour lancer Windows au démarrage est tout aussi sensible que n’importe que PC Windows à la présence de virus... et qu’un virus peut attaquer le disque dur indépendamment du système d’exploitation exécuté!
  4. Enfin, une série de publicités où les vendeurs de PC sont des méchants manipulateurs voulant vous inciter à acheter des machines contre vous, me parait singulièrement... osé. J’aurais du mal à invoquer le second degré dans une série de pubs qui date depuis 2006, et qui ne sont pas prises au second degré par le public.

Bref, je suis assez remonté contre ces insanités qu’on peut voir sur Internet. C’était drôle, une ou deux fois. Certaines avancées étaient mises en avant. Aujourd’hui, je n’encouragerais personne à privilégier un Mac à un PC... à part pour faire partie de la secte internationale qui a été créée depuis.

Ah, et je ne mettrai aucun lien vers des sites commerciaux des entreprises en cause dans ce billet.

Notes

[1] vous savez, les lunettes, pas le genre à danser en soirée, pas forcément très bien dans sa peau...

[2] parait-il, j’avoue ne pas avoir joué plus de deux minutes avec la version beta