Depuis Eyes Wide Shut, Chostakovitch est connu essentiellement pour la valse n°2. Penchons nous un peu plus attentivement sur ce morceau, mais également sur les autres valses de la suite.

Pourquoi les valses? Parce que j’aime bien :-). De mon vécu, je dirais que la valse est la danse qui rapproche le plus deux personnes - il s’agit d’un pas simple sur un rythme entrainant, et pendant qu’on danse, il ne reste plus que la personne en face, tout le reste est flou et tourbillonne. D’ailleurs, je ne trouve pas ça particulièrement adapté de commencer par une valse pour enchaîner au fur et à mesure vers des danses plus amusantes, et finalement plus individualistes (l’expression du soi devenant de plus en plus importante), pour terminer sur un slow - qui, bien sur, a pour objectif de conclure la soirée en douceur, tout en proposant aux couples nouvellement formés une transition naturelle vers la sortie. Enfin tout ça est cohérent avec un système de soirée qui commence tard et termine encore plus tard, pour permettre à la jeunesse impétueuse de dépenser l’énergie qu’elle accumule. Que ce système soit globalement cohérent est un bon signe, c’est vrai.

Je m’égare. Il faut m’arrêter, quand je pars comme ça, vous savez...

Chostakovitch et ses valses. La valse n°2 et les autres.

Il y a en fait 3 valses dans l’oeuvre:

  1. Valse Lyrique en Do mineur et Mi bémol majeur
  1. Valse 1 en Mi bémol majeur et La majeur
  1. Valse 2 en Do mineur et Mi bémol majeur

La valse lyrique est un moment de découverte de l’autre. Une rencontre, de bonnes surprises, et une aventure initiée qui présage de bien belles choses. Par le rythme qui prend en ampleur, on entend distinctement l’enthousiasme qui entraine et emporte les danseurs.

La valse n°1 est celle de la séduction. Ce sont les bons côtés de l’un et de l’autre qui sont mis en valeur, Petits sourires de connivence, jolies histoires racontées, presque exagérées d’ailleurs. Puis une légère insistance à inviter l’autre à entrer plus dans la danse, une émulation mutuelle qui n’est pas vraiment pour déplaire d’ailleurs.

Avec la valse n°2, on entre très clairement dans la sensualité. Le régime est alors celui de la douceur et du plaisir. Inutile de devenir trop graphique, mais les frissons sont admirablement traduits par Chostakovitch, par des accents slaves qu’on retrouve de la valse lyrique. Une nouvelle fois, le rythme n’est pas imposé par la musique, mais est naturellement engagé par les partenaires, qui, s’ils le cherchent un peu dans les premières mesures, choisiront par eux même de progresser, accélérer, se reposer un peu, et s’engager dans une voie qui parait bien agréable!

Le finale de la suite n’est pas une valse, mais conclut très bien le morceaux, promettant un happy ending, et, pourquoi pas, des enfants grandissant, qui courent et jouent dans la maison. Je vous admets que je n’ai absolument aucune idée de la manière dont se danse un tel mouvement...

Notes

[1] et non pas les suites Jazz 1 et 2 (1934 et 1938) comme je le pensais après avoir écouté le disque mal labellé