18 oct. 2009
Histoire de degrés
Par Zozoped le dimanche, octobre 18 2009, 14:30 - Lien permanent
Parlons de degrés.
Il fait froid en Norvège. Pas juste au Nord du Nord de la Norvège, même dans les parties les plus méridionales.
Je suis aujourd’hui à 60°52’’ au Nord du globe. Nous sommes en octobre, donc à la limite (dépassée) de la péremption de l’été. Il va faire bien plus froid plus tard, mais aujourd’hui, la température dépasse difficilement les 5°. D’où l’envie de faire un calcul trouvant la corrélation entre degré et degré. Que ne ferait-on pas pour un mauvais jeu de mots...
Si on oublie les productions énergétiques terrestres (conduction/convection/rayonnement du noyau terrestre, production d’énergie thermique hydraulique et nucléaire), l’énergie que reçoit la Terre provient uniquement d’origine extra-terrestre, et, dans une immense majorité, du rayonnement Solaire.
Si l’on se place à l’équinoxe (c’est plus facile) les rayons solaires arrivant sur la terre sont tous parallèles aux parallèles (un de plus!), c’est à dire aux lignes de niveau des latitudes. Si on considère que la Terre est sphérique (il s’agit en fait d’un ellipsoïde de révolution en deuxième approximation), et que l’atmosphère a la même épaisseur en tout point de la surface terrestre (là je n’ai aucune idée de la véracité de l’hypothèse, mais on peut supposer que l’atmosphère se comporte de la même manière que la surface terrestre). Ceci veut dire que l’atmosphère est un anneau sphérique d’épaisseur constante
. Tous les rayons étant parallèles, ils ne traversent pas la même épaisseur d’atmosphère en fonction de la latitude; ils traversent une épaisseur de
où
désigne la latitude (nulle en l’équateur, égale à +/- 90° aux pôles) et
la longitude du soleil par rapport au point observé (à midi, la longitude est nulle, à l’aube, -90°, à midi, +90°).
Un rayon de soleil traversant l’atmosphère, alors que le Soleil se situe selon une longitude de
, s’écrit alors:
.
Le bilan radiatif de la Terre est relativement bien connu (vous savez, les études du GIEC qui cherchent à savoir combien d’énergie on rejette, et combien on garde pour nous...). La conclusion actuelle est que la Terre accumule de l’énergie. Ceci dit, ce qui nous intéresse, en oubliant les flux globaux, c’est le comportement local. Un flux radiatif d’énergie arrive à l’atmosphère, la traverse, ce qui atténue l’intensité du flux, puis arrive à la Terre. Celle-ci en absorbe une partie, en rejette une partie (par réflexion et/ou radiation), et, au bout du compte, chaque zone locale reçoit une certaine dose d’énergie. Bien entendu, les périodes de jour et de nuit font que l’énergie accumulée pendant la journée est vidée pendant la nuit (c’est pour ça qu’il fait froid à 5 heures du matin). Au final, on peut alors considérer que la loi de Beer-Lambert s’applique, et que l’intensité arrivant en un point de la surface terrestre est égale à:
où
est un coefficient d’absorption homogène à l’inverse d’une distance.
Comme précisé un paragraphe plus haut, l’épaisseur traversée dépend de la latitude du point, et de la longitude du soleil par rapport à ce point. L’énergie reçue pendant une période donnée est alors l’intégrale de la puissance reçue pendant tout ce temps, et dépend donc de la longueur de la journée, ce qui dépend des positions relatives du Soleil et de la Terre, ainsi que de la latitude du lieu qui nous intéresse. L’équation suivante résume ceci:
.
D’une part, la puissance dépend uniquement de
et
, et d’autre part,
est directement affine dans le temps. En réutilisant la loi de Beer-Lambert, on arrive alors à l’équation:
![$\Delta Q = \int_{-\frac{\pi}{2}}^{\frac{\pi}{2}} \exp \left [ -\alpha (\sqrt{ R_a^{2} - R_t^{2} + R_t^{2}\cos^{2}\theta\cos^{2}\varphi}-R_t\cos\theta\cos\varphi \right ] d\theta$ $\Delta Q = \int_{-\frac{\pi}{2}}^{\frac{\pi}{2}} \exp \left [ -\alpha (\sqrt{ R_a^{2} - R_t^{2} + R_t^{2}\cos^{2}\theta\cos^{2}\varphi}-R_t\cos\theta\cos\varphi \right ] d\theta$](/public/latexrender/pictures/4d467ce836d00e255777005c4466d3b7.png)
Tout ceci est très impressionnant et (presque) rigoureux, maintenant, si on veut avoir un minimum d’espoir de s’en sortir, il est indispensable de mettre un peu d’ordre dans cette intégrale.
* Tout d’abord, le coefficient
est facile à calculer. Il s’agit de l’intensité reçue à l’arrivée à la surface terrestre (qui est égale à la puissance totale envoyée par le Soleil multipliée par la surface d’incidence de la Terre, divisée par
(
désigne l’unité astronomique, c’est à dire la distance de la Terre au Soleil).
* Le coefficient
n’est pas très facile à calculer. En utilisant les données présentes sur Internet vis à vis de l’énergie solaire, on doit cependant être capable de s’en sortir.
*
est le rayon de l’atmosphère, et il est presque égal au rayon terrestre. En particulier, on peut « nettoyer » l’intégrale
en transformant
en 
L’intégrale à calculer devient alors
.
On peut chercher à aller plus loin... mais mes calculs s’arrêtent là. Cette intégrale n’est en effet pas facile à résoudre, il s’agit d’une intégrale spéciale. J’appelle mes lecteurs mathématiciens à me corriger pour les approximations qui vont suivre afin d’avoir quelque chose d’un peu plus fidèle à la réalité du calcul par la suite.
La fonction à intégrer prend comme valeur en 0
, puis décroît assez rapidement vers 0. Je vais donc considérer que l’intégrale finale est égale à
, où
est une constante de plus. Après tout, on n’est plus à ça près.
Il nous reste à considérer que localement, l’air se comporte comme un gaz à volume constant; la température et les flux d’énergie sont directement reliés par l’équation
. Les valeurs de
et
n’ont finalement plus d’importance, vu l’apparition de constantes dans les calculs précédents. Cependant, on peut terminer le calcul par :
, variation de température en une journée, à l’équinoxe. Cette approximation n’est bien sur acceptable que si on n’est pas tout à fait situés aux pôles; mais aux pôles (
) l’apport de chaleur par énergie solaire est connu, et égal à
.
Ceci permet d’ailleurs de déterminer la limite de l’approximation. Etant donné que
est décroissant avec l’angle
, l’approximation n’a plus beaucoup de sens à partir de la latitude
arrivant à
, c’est à dire environ 68°... Et on obtient, surprise, environ la latitude des cercles polaires! Ce que j’en déduis : que mon approximation
, où
est une constante de proportionnalité, est à peu près correcte pour les "basses" latitudes, puis qu’on atteint assez rapidement une valeur plancher au niveau des pôles.
Une image pour terminer, et féliciter ceux qui ont lu jusqu’au bout. En Norvège, au mois d’octobre, le Soleil met assez longtemps à se lever, et se coucher. Ce qui permet de profiter de longs et beaux paysages. Je n’ai pu vous trouver de meilleur paysage que celui-ci depuis la ville de Gjøvik, mais ceci devrait vous permettre de rêver un peu quand même!

Si on oublie les productions énergétiques terrestres (conduction/convection/rayonnement du noyau terrestre, production d’énergie thermique hydraulique et nucléaire), l’énergie que reçoit la Terre provient uniquement d’origine extra-terrestre, et, dans une immense majorité, du rayonnement Solaire.
Si l’on se place à l’équinoxe (c’est plus facile) les rayons solaires arrivant sur la terre sont tous parallèles aux parallèles (un de plus!), c’est à dire aux lignes de niveau des latitudes. Si on considère que la Terre est sphérique (il s’agit en fait d’un ellipsoïde de révolution en deuxième approximation), et que l’atmosphère a la même épaisseur en tout point de la surface terrestre (là je n’ai aucune idée de la véracité de l’hypothèse, mais on peut supposer que l’atmosphère se comporte de la même manière que la surface terrestre). Ceci veut dire que l’atmosphère est un anneau sphérique d’épaisseur constante
. Tous les rayons étant parallèles, ils ne traversent pas la même épaisseur d’atmosphère en fonction de la latitude; ils traversent une épaisseur de
où
désigne la latitude (nulle en l’équateur, égale à +/- 90° aux pôles) et
la longitude du soleil par rapport au point observé (à midi, la longitude est nulle, à l’aube, -90°, à midi, +90°).Un rayon de soleil traversant l’atmosphère, alors que le Soleil se situe selon une longitude de
, s’écrit alors:
.Le bilan radiatif de la Terre est relativement bien connu (vous savez, les études du GIEC qui cherchent à savoir combien d’énergie on rejette, et combien on garde pour nous...). La conclusion actuelle est que la Terre accumule de l’énergie. Ceci dit, ce qui nous intéresse, en oubliant les flux globaux, c’est le comportement local. Un flux radiatif d’énergie arrive à l’atmosphère, la traverse, ce qui atténue l’intensité du flux, puis arrive à la Terre. Celle-ci en absorbe une partie, en rejette une partie (par réflexion et/ou radiation), et, au bout du compte, chaque zone locale reçoit une certaine dose d’énergie. Bien entendu, les périodes de jour et de nuit font que l’énergie accumulée pendant la journée est vidée pendant la nuit (c’est pour ça qu’il fait froid à 5 heures du matin). Au final, on peut alors considérer que la loi de Beer-Lambert s’applique, et que l’intensité arrivant en un point de la surface terrestre est égale à:
où
est un coefficient d’absorption homogène à l’inverse d’une distance.Comme précisé un paragraphe plus haut, l’épaisseur traversée dépend de la latitude du point, et de la longitude du soleil par rapport à ce point. L’énergie reçue pendant une période donnée est alors l’intégrale de la puissance reçue pendant tout ce temps, et dépend donc de la longueur de la journée, ce qui dépend des positions relatives du Soleil et de la Terre, ainsi que de la latitude du lieu qui nous intéresse. L’équation suivante résume ceci:
.D’une part, la puissance dépend uniquement de
et
, et d’autre part,
est directement affine dans le temps. En réutilisant la loi de Beer-Lambert, on arrive alors à l’équation:![$\Delta Q = \int_{-\frac{\pi}{2}}^{\frac{\pi}{2}} \exp \left [ -\alpha (\sqrt{ R_a^{2} - R_t^{2} + R_t^{2}\cos^{2}\theta\cos^{2}\varphi}-R_t\cos\theta\cos\varphi \right ] d\theta$ $\Delta Q = \int_{-\frac{\pi}{2}}^{\frac{\pi}{2}} \exp \left [ -\alpha (\sqrt{ R_a^{2} - R_t^{2} + R_t^{2}\cos^{2}\theta\cos^{2}\varphi}-R_t\cos\theta\cos\varphi \right ] d\theta$](/public/latexrender/pictures/4d467ce836d00e255777005c4466d3b7.png)
Tout ceci est très impressionnant et (presque) rigoureux, maintenant, si on veut avoir un minimum d’espoir de s’en sortir, il est indispensable de mettre un peu d’ordre dans cette intégrale.
* Tout d’abord, le coefficient
est facile à calculer. Il s’agit de l’intensité reçue à l’arrivée à la surface terrestre (qui est égale à la puissance totale envoyée par le Soleil multipliée par la surface d’incidence de la Terre, divisée par
(
désigne l’unité astronomique, c’est à dire la distance de la Terre au Soleil).* Le coefficient
n’est pas très facile à calculer. En utilisant les données présentes sur Internet vis à vis de l’énergie solaire, on doit cependant être capable de s’en sortir.*
est le rayon de l’atmosphère, et il est presque égal au rayon terrestre. En particulier, on peut « nettoyer » l’intégraleen transformant
en 
L’intégrale à calculer devient alors
.On peut chercher à aller plus loin... mais mes calculs s’arrêtent là. Cette intégrale n’est en effet pas facile à résoudre, il s’agit d’une intégrale spéciale. J’appelle mes lecteurs mathématiciens à me corriger pour les approximations qui vont suivre afin d’avoir quelque chose d’un peu plus fidèle à la réalité du calcul par la suite.
La fonction à intégrer prend comme valeur en 0
, puis décroît assez rapidement vers 0. Je vais donc considérer que l’intégrale finale est égale à
, où
est une constante de plus. Après tout, on n’est plus à ça près.Il nous reste à considérer que localement, l’air se comporte comme un gaz à volume constant; la température et les flux d’énergie sont directement reliés par l’équation
. Les valeurs de
et
n’ont finalement plus d’importance, vu l’apparition de constantes dans les calculs précédents. Cependant, on peut terminer le calcul par :
, variation de température en une journée, à l’équinoxe. Cette approximation n’est bien sur acceptable que si on n’est pas tout à fait situés aux pôles; mais aux pôles (
) l’apport de chaleur par énergie solaire est connu, et égal à
.Ceci permet d’ailleurs de déterminer la limite de l’approximation. Etant donné que
est décroissant avec l’angle
, l’approximation n’a plus beaucoup de sens à partir de la latitude
arrivant à
, c’est à dire environ 68°... Et on obtient, surprise, environ la latitude des cercles polaires! Ce que j’en déduis : que mon approximation
, où
est une constante de proportionnalité, est à peu près correcte pour les "basses" latitudes, puis qu’on atteint assez rapidement une valeur plancher au niveau des pôles.Une image pour terminer, et féliciter ceux qui ont lu jusqu’au bout. En Norvège, au mois d’octobre, le Soleil met assez longtemps à se lever, et se coucher. Ce qui permet de profiter de longs et beaux paysages. Je n’ai pu vous trouver de meilleur paysage que celui-ci depuis la ville de Gjøvik, mais ceci devrait vous permettre de rêver un peu quand même!


Commentaires
Très cher Barabel,
Ayant de par mon métier la capacité théorique à diffuser des informations contenant une valeur ajoutée scientifique au dessus de la moyenne, et n'utilisant notoirement pas cette capacité au profit du grand public, j'apprécie toujours votre blog et ses billets (je ne connais pas d'autre traduction correcte de "post" ; le terme de "blog" ne me parait quant à lui pas traduisible à part peut-être par un croisement entre une grenouille et une bulle de savon) forts intéressants.
Piqué par votre remarque sur le manque de validation de vos calculs, je décide sur l'heure de m'y atteler... petit à petit. Je tâcherai un autre jour de calculer cette intégrale.
Quant aux présents calculs, ils me paraissent comprendre un problème : la puissance radiative reçue est homogène à une intensité*surface, et non à une intensité. De plus, l'"élément de surface" dS_T frappé par un rayon d'épaisseur incidente élémentaire dS_I n'est pas constant en fonction de la latitude. Tant que l'on est loin des pôles, cela n'a sans doute que peu d'incidence vu les approximations effectuées, mais cela devient très différent lorsque la latitude approche 90°. J'essaierai d'effectuer un calcul plus précis, mais je crains que (comme à l'habitude) vous ne l'ayez fait avant moi. Notez bien que, en prenant en compte la variation de l'élément de surface dans votre calcul, il me parait clair que la puissance reçue par les pôles sera NULLE. Ce qui est logique un jour d'équinoxe... et souligne le souci de ne pas prendre ce terme en compte dans votre approximation. Pour aboutir à un calcul empiriquement raisonnable au niveau des pôles (ce qui n'était certes pas votre objectif initial), il faudrait sans doute faire une moyenne temporelle de la latitude relative à l'incidence des rayons solaire de chaque point, à partir de l'inclinaison de l'axe terrestre. Notons que pour affiner encore un peu nos approximation, il faudrait également tenir compte du fait que l'atmosphère, au second ordre, est certes un ellipsoïde de révolution, mais plus "épais" au niveau de l'équateur que ne l'est notre écorce solide. Je ne pense pas chercher à tenir compte de cette dernière correction, certainement pénible à calculer.
Calculatoirement vôtre,
Sam.
Je dois une excuse à propos du précédent commentaire : j'ai parlé d'un "ellipsoïde plus épais au niveau de l'équateur". Ce alors que nous parlions d'élever le niveau scientifique moyen de l'information diffusée sur la toile ! Cette expression imagée et sans doute maladroite signifie que le rapport (longueur du grand axe)/(longueur du petit axe) est plus élevé dans le cas de l'ellipsoïde atmosphérique que dans le cas de l'écorce terrestre, ceci étant dû principalement à la force centrifuge dans le référentiel terrestre et à la malléabilité plus grande des gaz. Je laisse le Barabel nous fournir un schéma simple mais pédagogiquement efficace, que je ne saurais pour ma part insérer sur ce blog. Vous avez certainement appris, lorsque vous étiez plus jeunes (en tous cas ceux qui ont fait une Tale S option SVT, si si si), que les planètes gazeuses sont plus "aplaties" que les rocheuses : il s'agit ici du même phénomène.
Consciencieusement,
Sam.
@Sam :
Cher Sam,
Effectivement, tous les calculs faits ici sont à ramener à une unité de surface (que, dans des applications numériques non publiées, j'ai pris à un mètre carré m²). Pour pouvoir parler d'élévation de température, il est même nécessaire de prendre un volume (que j'ai pris à deux mètres cube, considérant que la température de l'air aux pieds est la même que celle au niveau du sommet du crâne - et, non, je ne mesure pas deux mètres de haut).
J'avoue ne pas avoir tout à fait saisi la remarque constatant que l'approximation de l'élément de surface constant n'est pas valide. Si c'est en terme d'intensité incidente, vous admettrez que l'écart d'un mètre en terme d'atténuation est négligeable par rapport aux centaines de commentaires de l'atmosphère terrestre. Par contre, j'avoue que considérer que la seule source d'énergie est celle des rayons qui arrivent à la surface est une erreur qui implique que le changement de température est nul au pôle (ce qui est vérifié par l'équation proposée). Il faut alors considérer que l'atténuation de rayonnement sur l'épaisseur d'air traversée est directement convertie en réchauffement de gaz. Mais, une fois de plus, ce phénomène est marginal par rapport au réchauffement de la surface.
Vos remarques sur les demi-axes des ellipsoïdes d'atmosphère sont bien sur exactes. Mais les données sur l'atmosphère sont dures à obtenir - on sait finalement peu de chose sur l'étendue totale de l'atmosphère aux couches hautes. Aussi je ne développerai pas ce point.
Je m'applique à prolonger ce billet par un autre l'expliquant avec un peu moins de raccourcis. Mais j'ai peu de temps en ce moment...